PADI : un nouveau projet pour accompagner au plus près la progression des pratiques sur le sujet du psychotraumatisme et de l’addiction

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Article rédigé par Léa Montagnier 10 février 2025
Après trois années de travaux — ayant notamment abouti sur la publication d'un guide méthodologique — le projet PsychotraumAddicto ne s’arrête pas là ! Avec le soutien du Fonds de lutte contre les addictions, il se prolonge à travers PADI (poursuite, amplification, diffusion, implémentation) : une nouvelle étape pour ancrer et élargir les avancées en matière de prise en charge de la pathologie duelle. Pour mieux comprendre les enjeux et ambitions de cette suite, rencontre avec Nicolas Bourguignon, directeur du CEID-Addictions (Bordeaux).

PsychoTraumAddicto PADI en quelques mots

Lancé dans la continuité du projet PsychotraumAddicto, PADI (poursuite, amplification, diffusion, implémentation) a démarré ses premiers travaux dès la fin 2024. Il s’appuie notamment sur un outil clé : le guide TSPT-TUS : deux visages, une pathologie, consacré aux liens entre psychotraumatismes et addictions, dont la publication est prévue en février 2025.

Comme pour PsychotraumAddicto, le partenariat avec le Centre national de ressources et de résilience (Cn2r) ainsi que le travail avec les sites-pilotes restent au cœur du projet. Mais PADI va encore plus loin en se donnant trois objectifs majeurs :


  • Sensibiliser les professionnels non spécialisés mais confrontés à la pathologie duelle, en développant des supports adaptés et en organisant des journées de rencontre dédiées.

  • Accompagner la progression des pratiques au plus près des réalités locales, grâce à des journées thématiques régionales et des séminaires de travail favorisant les coopérations territoriales.

  • Amplifier les outils créés par les sites-pilotes, en les structurant et en les diffusant à l’échelle nationale pour essaimer les bonnes pratiques.


Avec PADI, l’ambition est claire : passer de l’expérimentation à la généralisation, pour que chaque professionnel, quel que soit son champ d’intervention, puisse mieux repérer et accompagner les personnes concernées.

Initialement professionnel de l’accompagnement social, Nicolas Bourguignon est aujourd’hui directeur du CEID-Addictions, un réseau regroupant 8 structures d’addictologie en Nouvelle-Aquitaine. Participant du projet PsychoTraumAddicto, il nous explique comment PADI vise à répondre encore plus précisément aux enjeux du secteur en renforçant les pratiques locales et en partageant des solutions au niveau national.

Pourquoi avoir dit oui à la suite de PsychoTraumAddicto ? Que vous a apporté ce projet ?

Nicolas Bourguignon : Le premier projet a surtout permis de créer du lien entre les acteurs de l’addictologie et du psychotrauma : apprendre à se connaître, échanger, poser des bases communes. Aujourd’hui, avec cette dynamique en place, on peut aller plus loin et viser des projets plus ambitieux. On a pu confirmer que travailler ensemble faisait vraiment sens, qu’il y avait des constats partagés, des ancrages communs. Ça a aussi été l’occasion de mesurer l’ampleur des besoins et le temps nécessaire pour faire évoluer les pratiques, notamment à cause du manque de moyens commun à nos deux secteurs – les CRP (ndlr : centres régionaux du psychotraumatisme) eux-mêmes sont encore très récents et donc en pleine structuration.

Quelle action avait été portée par votre site-pilote dans le cadre du projet initial, et comment souhaitez-vous l'amplifier ?

Nous avions développé un outil psychométrique, une sorte de « bibliothèque » d’échelles d’évaluation clinique pour identifier la pathologie duelle. Ce travail nous a permis d’échanger sur les bases communes du trauma et de confronter nos approches théoriques. Cependant, nous avons vite réalisé que, bien que cet outil soit complet, il était difficilement appropriable pour les professionnels de terrain, notamment en addictologie. Avec PADI, nous voulons changer de direction en créant un support qui explique concrètement pourquoi et comment utiliser ces outils. L’objectif est de fournir des repères clairs, des méthodes simples pour lever les freins et favoriser leur intégration dans la pratique quotidienne.

En amplifiant le projet au niveau national, nous ne cherchons pas à uniformiser, mais à favoriser le partage d’expériences : permettre aux équipes de s’inspirer des initiatives des autres et d’enrichir leurs pratiques respectives.

Pourquoi l'amplification des actions régionales initiales est-elle nécessaire ?

Chaque site-pilote a eu la liberté d’adapter le projet aux spécificités de son territoire, ce qui a donné des dynamiques variées. Aucun site n’a reproduit exactement la même démarche, et chacun a développé ses propres outils et stratégies. En amplifiant le projet au niveau national, nous ne cherchons pas à uniformiser, mais à favoriser le partage d’expériences : permettre aux équipes de s’inspirer des initiatives des autres et d’enrichir leurs pratiques respectives.

Comment la Fédération Addiction vous accompagne-t-elle dans ce projet ?

La Fédération Addiction joue un rôle essentiel en assurant le pilotage et l’appui méthodologique. Sur le terrain, entre le manque de moyens et la charge de travail, avoir un cadre structurant est indispensable. Elle nous aide à garder le cap, à organiser nos actions et à garantir la cohérence du projet. Sans cet appui, il n’y aurait tout simplement pas de projet.

Le psychotraumatisme est un enjeu central en addictologie : si le psychotraumatisme n’est pas repéré ou qu’aucune réponse adaptée n’est proposée, l’accompagnement risque d’échouer.

Pourquoi faut-il aujourd'hui changer les pratiques d'identification et de prise en charge de la pathologie duelle ?

On le sait aujourd’hui, et encore plus depuis le projet PsychoTraumAddicto : le psychotraumatisme est un enjeu central en addictologie. Si le psychotraumatisme n’est pas repéré ou qu’aucune réponse adaptée n’est proposée, l’accompagnement risque d’échouer. Il est essentiel d’adopter des pratiques intégrées qui prennent en compte à égalité les deux dimensions, car bien souvent, on se rend compte que chez les personnes qu’on accompagne, l’usage de substances est une forme d’automédication face à des traumas non traités.

Cet enjeu est-il spécifique à l'addictologie ?

Non, mais on avait déjà une intuition forte de la présence du psychotraumatisme chez les publics, sans forcément poser le terme. Le problème, c’est que les professionnels manquaient d’outils et de moyens pour identifier ces situations et orienter vers une prise en charge adaptée. C’est pour cette raison que nous sommes très contents de la sortie prochaine du guide sur le sujet, qui aborde ces questions. Comme pour la santé mentale générale, il faut plus d’intégration entre les secteurs pour une réponse plus rapide et cohérente.

Quels sont les principaux freins à ce changement des pratiques ?

Le manque de moyens est le principal obstacle, tant pour nous que pour les partenaires spécialisés. Cela réduit le temps disponible pour travailler sur ces enjeux. Le projet initial a permis de dépasser la question de savoir si ces problématiques doivent être prises en compte, mais le défi reste d’orienter vers des structures comme les CRP, qui sont saturées. Même si les publics perçoivent ces limites, il faut absolument outiller les professionnels pour éviter que les personnes ne soient laissées sans solution.

Pourquoi la dimension territoriale est-elle essentielle pour l'efficacité et la durabilité de ce changement ?

L’accompagnement des personnes doit être au plus proche de leurs réalités locales. Pour que le changement soit durable, les réponses doivent être adaptées aux spécificités des territoires et des publics qui en ont besoin.

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