Prise en charge des addictions dans le secteur de l’hébergement : un partenariat novateur porte ses fruits

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Article rédigé par Alexandre Picard 11 mars 2025
Depuis trois ans, la Fédération des acteurs de la solidarité et la Fédération Addiction travaillent conjointement pour améliorer la prise en charge des addictions dans les dispositifs d'accueil-hébergement-insertion et logement (AHI-L) : une approche coordonnée pour accompagner les personnes précaires confrontées à des addictions. Retour sur cette initiative ambitieuse qui redessine les pratiques professionnelles.

Une réponse adaptée née de la crise sanitaire

C’est au sortir du premier confinement de 2020 que les pouvoirs publics ont pris conscience de l’urgence d’intégrer la prise en charge des pratiques addictives dans les dispositifs d’accueil, d’hébergement, d’insertion et de logement (AHI-L) destinés aux plus précaires. Cette prise de conscience a permis de concrétiser un constat partagé depuis longtemps par les acteurs de terrain : la nécessité d’une articulation entre les secteurs de l’addiction et de l’hébergement.

En 2021, grâce aux retours d’expériences et à une volonté commune de la délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (DIHAL) et du ministère de la Santé et des Solidarités, le Fonds de lutte contre les addictions a lancé un appel à manifestation d’intérêt sur le sujet. La FAS a alors sollicité le soutien de la Fédération Addiction pour porter un projet d’envergure nationale intitulé « Précarité et addiction : accompagner les conduites addictives pour l’insertion globale de personnes », avec une déclinaison régionale en Grand-Est, Île-de-France, Nouvelle-Aquitaine et Occitanie.

Un déploiement structuré autour de quatre axes stratégiques

Mis en œuvre entre 2022 et 2024, ce projet a associé 44 établissements du secteur AHI-L. Les actions se sont articulées autour de quatre axes complémentaires :

Formation des professionnels : une montée en compétence

Plus de 700 professionnels de l'AHI-L ont bénéficié de formations dispensées par des intervenants de la Fédération Addiction. Ces formations ont couvert les bases en addictologie, mais également des problématiques spécifiques comme la gestion des conflits ou l'articulation entre santé mentale et addiction.

Renforcement des partenariats entre secteurs

Si des liens préexistaient entre les deux secteurs, le projet a permis de les renforcer ou d'en initier de nouveaux. Différentes modalités de collaboration ont été mises en place selon les contextes locaux : stages croisés, groupes d'échange de pratiques, appui institutionnel, permettant ainsi un décloisonnement opérationnel.

Actions concrètes d'accompagnement des usagers

Des initiatives spécifiques impliquant les acteurs des deux secteurs, mais aussi d'autres champs, ont été déployées dans les établissements participants. Ces actions ont pris diverses formes : espaces d'échanges, ateliers ciblés sur certaines consommations comme le tabac, favorisant ainsi une approche globale de la personne.

Évolution des cadres institutionnels

Les établissements participants se sont engagés dans une démarche pérenne d'évolution des pratiques professionnelles et institutionnelles. Un travail approfondi a été mené sur les projets d'établissements et les règlements intérieurs, avec un enjeu majeur : la levée de l'interdiction de consommation d'alcool, illustrant une évolution significative vers une approche de réduction des risques.

Un héritage durable au-delà du projet initial

L’initiative a été particulièrement enrichissante pour l’ensemble des parties prenantes : équipes de terrain, chargés de projets des FAS régionales, de la FAS nationale et de la Fédération Addiction. Le rapport d’évaluation final ainsi que les fiches actions et activités développées pendant ces trois années sont désormais disponibles en téléchargement, capitalisant ainsi l’expérience acquise.

La fin du projet national ne marque pas la fin de la collaboration entre les deux secteurs. Au contraire, les FAS régionales, en lien avec les unions régionales de la Fédération Addiction, se sont tournées vers les agences régionales de santé pour contractualiser de nouveaux partenariats. L’objectif : entretenir et développer la diffusion de l’approche de réduction des risques et la prise en compte des conduites addictives dans les structures AHI-L.

Cette dynamique se poursuit déjà concrètement dans plusieurs régions, notamment en Occitanie, en Nouvelle-Aquitaine et dans le Grand Est, témoignant de l’impact durable de cette initiative sur les pratiques d’accompagnement des personnes en situation de précarité confrontées à des problèmes d’addiction.

Rapport d'évaluation final

Fiches actions et activités